Sentinelles

Les lointains ancêtres des libellules sont apparus il y a près de 300 millions d’années. Leur lignée a traversé les âges et plusieurs extinctions de masse.

Extraordinaires animaux d’eau et d’air, les odonates partagent leur existence entre deux mondes.

C’est sous l’eau qu’ils passent la plus grande partie de leur vie. Durant plusieurs mois et, chez certaines espèces, plusieurs années, leurs larves y sont déjà de redoutables prédatrices, chassant une grande diversité de petits animaux aquatiques, parmi lesquels les larves de moustiques. Puis vient la métamorphose : la larve quitte l’eau et s’agrippe à la végétation. De son exuvie émerge un jeune imago encore fragile qui, après avoir déployé ses ailes, entame sa brève vie aérienne.
Il devient à son tour un remarquable chasseur, capturant en vol moustiques, moucherons et de nombreux autres insectes. Cette existence aérienne ne dure généralement que quelques semaines à quelques mois. Prédateurs tout au long de leur vie, les odonates participent ainsi à l’équilibre des écosystèmes et à la régulation naturelle des populations d’insectes.

Cette longue existence aquatique les lie intimement aux milieux qui les ont vus naître et les rend particulièrement sensibles à leurs transformations. Aujourd’hui, 16 % des espèces de libellules et demoiselles sont menacées d’extinction à l’échelle mondiale, notamment sous l’effet de la destruction et de la dégradation des zones humides. La diversité des espèces présentes et l’évolution de leurs populations constituent ainsi de précieux indicateurs de l’état de ces écosystèmes.

Lorsque mares, étangs, rivières et marais s’altèrent ou disparaissent, certaines espèces s’effacent avec eux.
Perchées au-dessus de l’eau et des herbes, elles semblent monter la garde. Sentinelles d’un monde fragile, leur raréfaction nous avertit des bouleversements plus silencieux qui touchent les zones humides.

Sentinelles d’un monde fragile, leur raréfaction nous avertit des bouleversements silencieux qui touchent les zones humides.