MANIFESTE
Native des Landes et basée en Chalosse, je photographie le vivant depuis plus de vingt ans.
Le dessin a été ma passion d’enfance. Vers l’âge de seize ans, j’ai délaissé les crayons pour un appareil photo.
Mes premières images étaient déjà une affaire de détails. Mon regard s’attardait sur les choses ordinaires, sur ce que l’œil ne remarque pas toujours au premier abord. Cette curiosité m’a rapidement conduite vers un autre monde : celui des insectes.
Ils sont depuis devenus le cœur de mon travail. Leur beauté m’émeut autant que leur vulnérabilité.
Face à un insecte, je cherche avant tout à mettre en valeur l’individu que je rencontre, dans son environnement naturel. À montrer simplement qu’il est là, qu’il existe, et que son existence, indissociable du milieu qui l’abrite, importe. Mes images portent sur ce petit monde un regard sensible et poétique, avec l’envie de rendre visible ce qui passe si souvent inaperçu.
Après de nombreuses années derrière l’objectif, j’ai retrouvé il y a moins de cinq ans ma première passion : le dessin.
L’illustration naturaliste m’offre une autre manière d’approcher les insectes. Elle me permet d’explorer l’extraordinaire complexité de leur morphologie, cette profusion presque vertigineuse de détails contenue dans de si petits êtres. Quand je les observe, j’ai le sentiment de contempler quelque chose qui me dépasse. À mes yeux, les insectes sont de véritables joyaux vivants, des œuvres d’art dont une grande partie de la beauté nous échappe simplement parce qu’ils sont minuscules.
Mes dessins sont naturalistes ; mes photographies, plus poétiques. Mais les uns comme les autres poursuivent une même intention : révéler ce que notre regard, trop souvent, ne prend pas le temps de voir. Mon travail ne cherche pas à donner de la valeur aux insectes, mais à rendre perceptible celle qu’ils possèdent déjà.
À travers ces deux pratiques, j’aimerais nous rapprocher de cette part du vivant dont nous nous sommes peu à peu éloignés, comme si nous avions oublié que nous en faisons nous-mêmes partie. Donner à voir ces êtres pour qu’ils ne soient plus seulement aperçus, ignorés ou parfois redoutés, mais considérés pour ce qu’ils sont : des êtres vivants à part entière, aussi fascinants que vulnérables.
Car il est difficile de vouloir protéger ce que l’on ne connaît pas.
Si mon travail peut susciter la curiosité, changer un regard ou donner envie de se pencher un peu plus près sur ce monde minuscule, alors peut-être peut-il aussi, à son échelle, faire naître le désir de le préserver.
Lila Testemalle